Le 26 juillet, Tadej Pogačar a franchi la ligne d’arrivée à Paris pour remporter son cinquième Tour de France, un résultat qui le place au même niveau que Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Induráin, les seuls coureurs de l’histoire de la course à avoir remporté cinq victoires. Il a terminé avec 6 minutes et 26 secondes d’avance sur Remco Evenepoel, deuxième. Il avait en réalité assuré la victoire dès la 6ᵉ étape, portant le maillot jaune à chaque étape à partir de ce moment. Cet article ne parle pas spécifiquement de Pogačar. Il s’agit de comprendre ce qu’un tel résultat exige sur le plan physiologique, en utilisant sa course comme point d’entrée dans la science de l’entraînement, qui s’applique bien au-delà d’un seul cycliste slovène.
Les chiffres derrière la domination
Le temps total de Pogačar pour le Tour 2026 a été de 73 heures, 56 minutes et 26 secondes, sur 21 étapes et environ trois semaines de course. Il a remporté cinq étapes individuelles en cours de route. Lors de la 6ᵉ étape, en gravissant le Col du Tourmalet dans les Pyrénées, il a établi un nouveau temps record pour cette ascension : 43 minutes et 12 secondes. Cela a battu son propre record précédent de 45:32, établi en 2023. Lors de la 19ᵉ étape, il a remporté sa première victoire sur l’Alpe d’Huez, probablement l’ascension la plus mythique du cyclisme. Il a attaqué à 4 kilomètres du sommet et a parcouru la dernière portion en solitaire.
Il a pris la tête du classement général à la 6ᵉ étape et ne l’a plus jamais perdue, un moment inhabituellement précoce dans une course de trois semaines pour établir un tel contrôle. La plupart des Grands Tours se décident lors de la dernière semaine ; celui-ci a été pratiquement joué dès la première.
Conserver une avance pendant trois semaines est un défi différent que de la prendre
Gagner une seule étape de montagne et défendre une avance sur 15 étapes suivantes ne représentent pas la même tâche physiologique. La seconde implique plusieurs massifs montagneux, un contre-la-montre et la fatigue accumulée de trois semaines de course quotidienne. La première exige une performance maximale à un jour précis. La seconde nécessite de gérer une fatigue récupérable sur des dizaines de jours consécutifs à haute intensité, sans véritable période de repos. Les Grands Tours n’incluent que quelques rares journées de repos complet sur trois semaines.
C’est ici que la science de l’entraînement abordée ailleurs sur ce blog devient directement pertinente. Un coureur défendant une avance dans un Grand Tour vit une version extrême et condensée d’une relation bien connue : celle entre la forme physique et la fatigue, la même qui sous-tend les semaines de décharge et les phases de réduction d’intensité. Chaque étape produit à la fois un stimulus de forme et un coût en fatigue. Contrairement à un bloc d’entraînement où un coach peut programmer une semaine complète de récupération, un Grand Tour n’en offre presque aucune. La marge entre gérer cette fatigue et se laisser submerger est ce qui sépare un coureur qui s’effondre en troisième semaine de celui qui renforce sa position. Pogačar, cette année, a fait partie de la seconde catégorie.
Ce qu’exige un Tourmalet en moins de 44 minutes
Le Col du Tourmalet représente environ 19 kilomètres d’ascension avec une pente moyenne légèrement supérieure à 7 %. Le gravir en 43 minutes et 12 secondes nécessite une puissance soutenue exceptionnellement élevée par rapport au poids corporel. Cette puissance doit être maintenue bien plus longtemps que les durées d’intervalles couvertes dans la plupart des recherches sur le HIIT abordées sur ce blog.
Cela met en lumière une qualité physiologique spécifique : une puissance seuil fonctionnelle très élevée par rapport à la masse corporelle, maintenue pendant plus de 40 minutes. Cela se situe plus près de l’extrémité des intervalles longs du spectre d’entraînement que des efforts courts et maximaux. Des protocoles comme le 4×4 norvégien, des efforts de quatre minutes à 90-95 % de la fréquence cardiaque maximale, entraînent ce même système énergétique : une puissance élevée soutenue juste en dessous d’un effort anaérobie complet. Une ascension compétitive comme le Tourmalet est environ dix fois plus longue qu’un seul intervalle de 4×4, mais le système sous-jacent est le même. Le principe d’entraînement qui les unit est identique : élever le plafond de la puissance que le système aérobie peut soutenir avant de devoir puiser dans les réserves anaérobies, qui ne peuvent être maintenues longtemps.
Les perturbations font aussi partie de l’équation physiologique
Les comptes-rendus de cette édition du Tour ont souligné que plusieurs coéquipiers de Pogačar, de l’équipe UAE Team Emirates, sont tombés malades pendant la course. Les contrôles antidopage nocturnes ont également perturbé le sommeil des coureurs à certains moments des trois semaines. Rien de tout cela n’est inhabituel dans un Grand Tour, mais ces éléments sont pertinents pour comprendre la gestion de la fatigue décrite dans cet article. Une maladie au sein de l’équipe de soutien modifie la charge tactique et physique pesant sur le leader. Les équipiers existent précisément pour réduire le coût physique que le leader doit absorber à chaque étape. Un sommeil perturbé pendant une course de trois semaines aggrave une équation de récupération déjà complexe. Le sommeil est l’une des principales fenêtres pendant lesquelles l’adaptation à l’effort de chaque journée est censée se consolider.
Nous ne mentionnons pas cela pour trouver des excuses ou nuancer le résultat. Il s’agit simplement de rappeler qu’une victoire dans un Grand Tour ne se résume pas à une performance maximale sur les ascensions les plus difficiles. C’est aussi l’histoire de celui dont le système de gestion de la fatigue résiste le mieux lorsque les conditions autour de lui — santé de l’équipe, sommeil, météo — ne sont pas idéales. Après la course, Pogačar a été franc sur le caractère imprévisible des trois semaines, quelle que soit la force apparente du favori sur le papier. Interrogé sur la course avant la dernière étape, il a déclaré : « C’est le Tour, trois semaines, beaucoup de merde peut arriver. »
Le défi d’une avance précoce
Prendre la tête du classement général dès la 6ᵉ étape et la conserver pendant 15 étapes supplémentaires crée un défi spécifique, souvent sous-estimé. Cela exige de courir de manière défensive, conservatrice et adaptative bien plus longtemps que si l’avance avait été prise en fin de course. Un coureur qui s’empare du maillot jaune lors de la dernière semaine gère une période courte et intense de pression accrue. Le prendre dès la première semaine signifie que chaque rival vous cible spécifiquement, étape après étape, pendant deux semaines et demie supplémentaires.
Il s’agit davantage d’un problème de gestion du rythme et de la charge que de condition physique pure. Une équipe et un coureur doivent prendre des décisions continues, à chaque étape : quand dépenser de l’énergie pour défendre agressivement une avance, et quand rouler de manière conservatrice et accepter de petites pertes de temps. Tout cela en accumulant la même fatigue quotidienne que tous les autres coureurs du peloton. Les comptes-rendus de cette édition du Tour ont noté que l’avance de Pogačar avait atteint plus de sept minutes à un moment de la troisième semaine avant qu’il ne relâche son effort. Cela ressemble moins à un affaiblissement qu’à une gestion consciente des risques une fois que l’écart était suffisamment important pour l’absorber.
Ce que cela signifie au-delà du cyclisme
Les chiffres précis ici concernent une seule course et un seul coureur. Les principes sous-jacents, eux, ne se limitent pas au cyclisme. Maintenir une performance élevée sur un calendrier condensé avec un minimum de récupération. Gérer l’accumulation de fatigue lorsqu’une phase de décharge programmée n’est pas possible. Défendre une position plus longtemps que prévu lorsque les circonstances changent. Ce sont les mêmes problèmes auxquels un coach est confronté lorsque le calendrier des compétitions est resserré, que le système de soutien d’un athlète est perturbé ou qu’une avance doit être protégée plus longtemps que prévu.
Le plafond physiologique démontré par Pogačar sur le Tourmalet et l’Alpe d’Huez est véritablement exceptionnel. Ce n’est pas quelque chose que des conseils d’entraînement peuvent reproduire pour n’importe qui. En revanche, le schéma de gestion de la fatigue sur trois semaines, en absorbant les perturbations sans perdre la structure globale du plan, est la leçon la plus largement applicable. Elle repose sur les mêmes principes à tous les niveaux de compétition : timing de récupération, suivi de la charge et évaluation honnête de la réponse réelle de l’athlète au jour le jour. Avec Afitpilot, vous pouvez optimiser ces paramètres pour vos propres objectifs.
Références
- Tadej Pogačar de Slovénie remporte le Tour de France 2026, sa cinquième victoire dans l’épreuve. NPR. Publié le 26 juillet 2026.
- 5 records établis par Tadej Pogačar lors du Tour de France 2026. BikeRadar. Publié en juillet 2026.
- Tadej Pogacar remporte son cinquième Tour de France, égalant le record malgré les périls omniprésents du Tour. NBC Sports. Publié en juillet 2026.
- Tadej Pogačar confirme son statut de légende du cyclisme avec un cinquième titre record au Tour de France. CNN. Publié le 26 juillet 2026.
- Helgerud J, Hoydal K, Wang E, et al. Les intervalles aérobies à haute intensité améliorent davantage le VO2max que l’entraînement modéré. Med Sci Sports Exerc. 2007;39(4):665-671.


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