An open-water swimmer in cold, dark water, representing the physiological demands of a multi-day continuous swim.

56 Heures, Pas de Sommeil, Une Mer : Ce Qu’Exigeait l’Exploit de Kubkowski en Baltique

Dimanche soir, un nageur polonais nommé Bartłomiej Kubkowski s’est traîné sur une plage de Dziwnów, en Pologne. Il venait de devenir la première personne de l’histoire à traverser la mer Baltique à la nage entre la Suède et la Pologne. Il avait parcouru un peu plus de 160 kilomètres. Il était resté en pleine mer pendant environ 56 heures d’affilée. C’était sa cinquième tentative pour cette traversée exacte depuis 2022. Cet article n’est pas un portrait de Kubkowski. Il s’agit d’examiner ce qu’une nage en eau libre continue et sur plusieurs jours exige réellement du corps. Sa traversée en est le point de départ.


Les faits de base

Kubkowski est parti de Kaseberga, en Suède, un vendredi. Il est arrivé à Dziwnów, sur la côte nord de la Pologne, le dimanche soir, environ 56 heures plus tard. Un bateau d’assistance a fourni de la nourriture et des boissons tout au long du parcours. Mais selon les règles régissant ce type de nage sans assistance, il ne lui était jamais permis de toucher le bateau lui-même. Il n’a pas dormi pendant toute la durée de la traversée.

Sa nage s’est approchée du record de la plus longue nage en eau libre continue et sans assistance jamais homologuée par la Marathon Swimmers Federation. Ce record, 168,3 kilomètres, appartient à la nageuse américaine Sarah Thomas, sur le lac Champlain en 2017. L’année dernière, Kubkowski était à 11 kilomètres de terminer cette même traversée en Baltique. L’épuisement et la détérioration des conditions météorologiques l’ont contraint à s’arrêter. Il détient également le record du monde de la plus longue distance nagée en piscine en 24 heures : 103,6 kilomètres.


La Traversée de 56 Heures

Découvrez la Traversée

160 km, de Kaseberga à Dziwnów

Départ
Kaseberga, Suède. Pas de sommeil à partir de maintenant.
~40 km
Première nuit en mer, fatigue et froid s’accumulent
~80 km
Mi-parcours. Deuxième jour, pas de repos, toujours en nage
~120 km
Deuxième nuit. La tentative précédente a échoué à 11 km de la côte
160 km
Dziwnów, Pologne. Première personne à réussir cette traversée

Pourquoi le manque de sommeil est un problème différent dans l’eau

Sur terre, le manque de sommeil lors d’un événement d’ultra-endurance est avant tout un problème de performance. Il ralentit le temps de réaction, altère la prise de décision et augmente l’effort perçu. En eau libre, c’est aussi un problème de sécurité directe, d’une manière que la course ou le cyclisme ne connaissent pas. Un nageur qui perd conscience, même brièvement, risque immédiatement de se noyer. C’est l’un des principaux facteurs limitant la distance qu’un être humain peut raisonnablement nager en continu. Cela est distinct de la fatigue physique pure.

Les chercheurs en sommeil étudiant les nageurs d’ultra-marathon ont découvert autre chose d’intéressant. Il existe une réelle tension dans la façon dont ces nageurs se préparent. Certains augmentent délibérément leur masse corporelle avant une traversée en eau froide, croyant que l’isolation supplémentaire réduit le risque d’hypothermie. Une étude sur des nageurs en eau libre de niveau master a révélé un véritable compromis ici. Un IMC plus élevé était associé à une réduction significative du temps de sommeil total pendant la période d’entraînement précédant la nage, avant même que celle-ci ne commence. La préparation pour une telle nage implique des priorités physiologiques concurrentes, et non une seule variable à optimiser.


Le problème de l’eau froide

La mer Baltique au début du mois d’août est considérablement en dessous de la température corporelle. Même pendant ses mois les plus chauds, les nageurs en eau libre font face à un gradient constant de plus de 10°C entre leur corps et l’eau. La perte de chaleur prolongée sur de nombreuses heures est l’une des principales menaces lors d’une telle nage. Elle est distincte de la fatigue musculaire que la plupart des sports d’endurance gèrent principalement.

C’est en partie pour cette raison que les nageurs d’ultra-marathon de haut niveau ont généralement une masse grasse significativement plus élevée que les coureurs ou cyclistes de niveau comparable. La graisse corporelle isole contre la perte de chaleur et ajoute de la flottabilité, deux éléments directement utiles lors d’une nage en eau froide sur plusieurs jours. En course ou en cyclisme, cette même masse ne serait qu’un poids supplémentaire à porter. C’est un exemple clair de la manière dont les exigences spécifiques d’un sport redéfinissent ce que signifie une composition corporelle optimale. Une seule norme ne s’applique pas partout.


Ce qui change entre l’endurance sur terre et dans l’eau

Découvrez un défi

Endurance sur terre vs endurance dans l’eau

Sur terre
Ralentit le temps de réaction, augmente l’effort perçu
Dans l’eau
Risque direct de noyade en cas de perte de conscience
Sur terre
Perte de chaleur gérable avec des couches, le rythme, un abri
Dans l’eau
Gradient de 10°C+ entre le corps et l’eau, perte de chaleur constante
Sur terre
Possibilité de ralentir, marcher ou s’arrêter brièvement pour manger
Dans l’eau
Doit continuer à avancer, ne peut pas toucher le bateau d’assistance

Alimenter un corps qui ne peut pas s’arrêter

Un coureur ou un cycliste participant à un événement de plusieurs jours peut ralentir, marcher ou faire une pause pour manger sans conséquence majeure. Un nageur tentant une traversée sans assistance ne peut généralement pas s’arrêter sans risquer de perdre de la chaleur et son élan. Selon les règles, il ne peut pas toucher le bateau d’assistance. La nourriture et les liquides doivent être transmis au nageur et consommés tout en continuant à avancer dans l’eau.

Les recherches sur d’autres événements d’ultra-endurance sur plusieurs jours offrent un point de référence utile pour comprendre les enjeux si l’alimentation tourne mal. Une étude suivant des coureurs lors d’une course de 225 kilomètres en plusieurs étapes dans des conditions chaudes a révélé une perte de masse corporelle significative malgré un apport hydrique structuré. Près de la moitié des athlètes échantillonnés ont montré des signes d’hyponatrémie légère à un moment donné, même avec des points de ravitaillement et une prise planifiée. Une nage continue de 56 heures offre beaucoup moins d’opportunités de planifier soigneusement chaque ravitaillement. Elle doit gérer ce même équilibre hydrique et électrolytique dans des conditions considérablement plus difficiles.


Ce que cela démontre, au-delà d’une seule nage

Les chiffres spécifiques ici appartiennent à une seule traversée et à un seul nageur. Le schéma qu’ils illustrent est plus large. Les épreuves d’endurance extrême obligent plusieurs systèmes — sommeil, thermorégulation, alimentation, gestion de la fatigue — à être gérés simultanément. L’échec de l’un d’eux peut mettre fin à la tentative, peu importe la qualité de la gestion des autres.

C’est une version extrême d’un schéma abordé ailleurs sur ce blog, à tous les niveaux d’entraînement. Une semaine de récupération, une période d’affûtage, une séance autorégulée. Tous gèrent la même tension : le stress exigé par un effort face à la capacité du corps à l’absorber. Mais à une échelle bien moindre que celle d’une nage de 56 heures sans sommeil. La cinquième tentative de Kubkowski a réussi là où les quatre précédentes avaient échoué. C’est un rappel que la marge est souvent mince. La résoudre peut prendre des années de tentatives délibérées et accumulées, et non une seule tentative bien préparée.


Références

  1. Kubkowski devient la première personne à traverser à la nage les 160 km de la mer Baltique entre la Suède et la Pologne. Notes from Poland. 2 août 2026.
  2. Dunican IC, Perry EL, Gemma M, Nesci E, Roberts S. Comprendre le sommeil des nageurs d’ultra-marathon : conseils pour les entraîneurs et les nageurs. J Sports Sci. 2022. DOI : 10.1177/17479541221089385
  3. Jusqu’où un humain peut-il nager ? World Open Water Swimming Association.
  4. Habitudes d’apport en eau et en sodium et statut des coureurs d’ultra-endurance lors d’un ultra-marathon en plusieurs étapes mené dans un environnement ambiant chaud. PMC3554439.
  5. Ultraswimming.org. Base de données des plus longues nages, Marathon Swimmers Federation.
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