An athlete resting after a heavy bench press before an explosive power movement, representing complex training research in rugby and sprinting.

L’entraînement complexe : un exemple concret de potentialisation post-activation

Un pilier de rugby se tient dans le tunnel. Huit minutes plus tôt, il a chargé la barre pour une série lourde de développé couché. Maintenant, il attend, faisant rouler ses épaules, avant le premier engagement en mêlée. Ce n’est pas un repos par hasard. Il chronomètre son temps.

Voici l’entraînement complexe. Un mouvement lourd, couplé à un exercice de puissance spécifique au sport, espacés d’un nombre précis de minutes.

La première partie de cette série a expliqué le mécanisme derrière cette méthode. Ce mécanisme est la potentialisation post-activation (PPA). Elle a également abordé la fenêtre de repos soutenue par la recherche. Cette partie montre à quoi cela ressemble en pratique. Deux sports réels, avec des chiffres concrets.


Rugby : développé couché suivi d’un lancer de développé

Bevan et ses collègues (2010) ont testé cette méthode avec des joueurs professionnels de rugby à XV. Chaque joueur a effectué une série lourde de développé couché : trois répétitions à 85 % de leur maximum d’une répétition. Ensuite, ils ont réalisé un lancer de développé, un mouvement rapide et explosif. La puissance a été testée à cinq intervalles de repos : 4, 8, 12, 16 et 20 minutes plus tard.

La puissance maximale était la plus élevée à la marque des 8 minutes. Cela correspond à la fenêtre identifiée dans la recherche plus large présentée dans la première partie.

Un détail a particulièrement retenu l’attention. Les joueurs plus forts ont montré une amélioration plus marquée que les moins forts. Cela rejoint les conclusions de Seitz et Haff (2016). Dans de nombreux sports, un âge d’entraînement plus élevé renforce l’effet. Un pilier avec des années de développé couché lourd derrière lui tire plus de bénéfices de ce protocole qu’un joueur encore en train de construire sa base de force.


Courbe de puissance au rugby

Bevan et al. (2010)

Courbe de puissance au rugby

Puissance au lancer de développé, 4 à 20 minutes après un développé couché lourd. Le schéma illustré reflète les résultats de l’étude.

Puissance de base 4 min 8 min 12 min 16 min 20 min
Pic de puissance à 8 minutes — nette augmentation par rapport à la base
Un joueur bien entraîné montre un pic de potentialisation clair et marqué. L’amélioration est suffisamment importante pour influencer un échauffement avant compétition.
Puissance de base 4 min 8 min 12 min 16 min 20 min
Pic toujours à 8 minutes — à peine au-dessus de la base
Un joueur moins entraîné montre le même timing à 8 minutes, mais une amélioration bien plus faible. Pour cet athlète, le protocole pourrait ne pas valoir le temps consacré à l’échauffement.

Sprint : squats lourds suivis d’un sprint de 30 mètres

Chatzopoulos et ses collègues (2007) ont réalisé un test similaire avec des sprinteurs. Chaque athlète a effectué une série lourde de demi-squat : trois répétitions à 90 % de leur maximum d’une répétition. Quatre minutes plus tard, ils ont couru un sprint de 30 mètres.

Les temps de sprint se sont améliorés, comparés à une condition témoin sans squat. La fenêtre ici, 4 minutes, est plus précoce que la marque des 8 minutes du rugby. Le squat et le sprint partagent plus de similitudes mécaniques qu’un développé couché et un engagement en mêlée. Ce chevauchement pourrait expliquer pourquoi la potentialisation apparaît plus rapidement.


Pourquoi les mouvements sont choisis de cette manière

Les deux protocoles associent un mouvement lourd à un exercice utilisant les mêmes groupes musculaires. La direction de la force est également identique. Le développé couché et le lancer de développé poussent tous deux horizontalement à travers la poitrine, les épaules et les triceps. Les squats et le sprint propulsent tous deux la force vers le bas et vers l’arrière à travers les hanches et les jambes.

Ce n’est pas un hasard. Un mouvement lourd avec peu de chevauchement mécanique avec l’exercice cible ne transférera pas beaucoup de potentialisation, même dans la bonne fenêtre temporelle. Le mouvement doit ressembler à l’action sportive qu’il est censé améliorer.


Cela ne fonctionne pas pour tout le monde, et c’est important de le souligner

Toutes les études ne trouvent pas un effet clair. Chiu et ses collègues (2003) ont testé l’entraînement complexe dans un groupe mixte, incluant des athlètes moins expérimentés. Ils n’ont observé aucun bénéfice significatif. La réponse plus faible chez les athlètes moins entraînés avait déjà été signalée dans la première partie. Ici, elle se manifeste comme un résultat concret, et non plus seulement comme une mise en garde théorique.

Un entraîneur qui envisage d’intégrer un protocole d’entraînement complexe à un échauffement ou à un bloc d’entraînement devrait d’abord vérifier deux éléments. L’athlète possède-t-il une véritable base de force dans le mouvement utilisé ? Ce mouvement ressemble-t-il à l’action sportive qu’il est censé améliorer ? Sans ces deux conditions, le protocole a peu de chances d’être efficace.


Créer une paire d’entraînement complexe

Créateur de protocole

Créer une paire d’entraînement complexe

Choisissez le mouvement sportif. Découvrez le mouvement lourd associé et la fenêtre de repos validée par la recherche.

Mouvement lourd
Demi-squat, 90 % 1RM
→
Mouvement sportif
Sprint de 30 m
~4 min
Fenêtre de repos validée par la recherche
Chatzopoulos et al. (2007). Le squat et le sprint partagent un chevauchement mécanique important, ce qui pourrait expliquer la fenêtre plus courte.
Mouvement lourd
Développé couché, 85 % 1RM
→
Mouvement sportif
Lancer de développé / poussée en collision
~8 min
Fenêtre de repos validée par la recherche
Bevan et al. (2010), joueurs de rugby professionnels. L’effet était plus marqué chez les joueurs plus forts que chez les moins entraînés.

Quand l’intégrer dans une saison

Un enchaînement mouvement lourd-exercice de puissance n’est pas à réaliser à chaque séance. Il trouve sa place dans deux contextes précis. Le premier est un échauffement avant compétition, chronométré en fonction de la fenêtre connue de l’athlète. Le second est une séance dédiée au développement de la puissance, pendant une phase de force ou de puissance dans l’année.

L’utiliser quotidiennement, pour tous les athlètes, transforme un outil précis en une habitude générique. La recherche qui le sous-tend est spécifique. Son application doit l’être tout autant.


Références

Bevan HR, Cunningham DJ, Tooley EP, Owen NJ, Cook CJ, Kilduff LP. Influence of postactivation potentiation on sprinting performance in professional rugby players. J Strength Cond Res. 2010;24(3):701-705. DOI: 10.1519/JSC.0b013e3181c7b68a. PMID: 20145567

Chatzopoulos DE, Michailidis CJ, Giannakos AK, et al. Postactivation potentiation effects after heavy resistance exercise on running speed. J Strength Cond Res. 2007;21(4):1278-1281. DOI: 10.1519/R-19835.1. PMID: 18076243

Chiu LZ, Fry AC, Weiss LW, Schilling BK, Brown LE, Smith SL. Postactivation potentiation response in athletic and recreationally trained individuals. J Strength Cond Res. 2003;17(4):671-677. DOI: 10.1519/1533-4287(2003)017<0671:pprian>2.0.co;2. PMID: 14596579

Seitz LB, Haff GG. Factors modulating post-activation potentiation of jump, sprint, throw, and upper-body ballistic performances: a systematic review with meta-analysis. Sports Med. 2016;46(2):231-240. DOI: 10.1007/s40279-015-0415-7. PMID: 26508319

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